covoiturage

Comment faciliter le covoiturage en milieu rural ?

En 2013, selon le bilan de l’Observatoire société consommation, 25% des Français ont eu recours au covoiturage, dont 10% régulièrement. En passant de l’usage individuel de la voiture au covoiturage, ils économisent 1550€ par an et par personne. La même année, 91% des Français interrogés déclarent connaître le covoiturage. Pour les déplacements domicile-travail, le covoiturage est moins développé mais il se positionne comme une solution de mobilité complémentaire des transports classiques dont la commodité doit être plus connue.

Malgré l’engouement des Français pour le covoiturage, le taux d’occupation des voitures est en baisse, conséquence du taux de motorisation de plus en plus élevé. En 2008, 3,5% des déplacements domicile-travail sont effectués avec au moins un passager dans le véhicule, mais seulement la moitié de ces personnes est extérieure à la famille. Le taux d’occupation du véhicule est plus faible pour ce type de trajet que la moyenne : il s’élève à 1,07 pour les trajets domicile-travail et 1,4 tous motifs confondus. Dans la majorité des cas de covoiturage, le conducteur ne transporte qu’une seule personne.

Les actions qui sous-tendent la réussite du covoiturage sont nombreuses et fonctionnent à leur plein potentiel quand elles sont inscrites dans une démarche intégrée. Ces actions relèvent à la fois des compétences des collectivités et/ou du département pour la construction d‘aires de stationnement grâce à ses compétences routières, de la Région pour fournir une information multimodale intégrant le covoiturage et les transport à la demande, de la commune ou des EPCI même si les trajets de covoiturage dépassent leur périmètre, pour mener des campagnes de communication, de sensibilisation à l’échelle locale et d’identification des parkings, et enfin de la volonté des entreprises, dans l’élaboration des plans de déplacements entreprises ou inter-entreprises.

Comment relever les défis du covoiturage et en faire une solution pertinente pour les milieux peu denses ?

1ère étape : L’étude des besoins

Comme pour tout nouveau service ou offre de mobilité, un diagnostic préalable aux nouveaux dispositifs de covoiturage pour identifier les besoins et évaluer le potentiel pour différentes zones est fortement recommandé. Les données suivantes peuvent être mises à profit :

  • Statistiques INSEE sur les déplacements domicile-travail
  • Statistiques démographiques du territoire
  • Enquête auprès de publics ciblés (PDE, étudiants, insertion)
  • Observations des pratiques sur le terrain

Il s’agit d’identifier les zones de déplacements, leurs motifs, leurs acteurs et leur périodicité, qui vont structurer le schéma de covoi- turage territorial.

2ème étape : Concevoir un schéma territorial de covoiturage

Les schémas structurent et portent la politique d’aide au covoiturage au niveau régional, départemental, bi-départemental (exemple en Drôme-Ardèche) ou intercommunal. Le schéma intègre les aires de covoiturage, les solutions de rabattement vers les stations de transports collectifs, les parkings relais, etc. Cette étape étant incontournable dans la réalisation d’une politique de covoiturage efficace et soutenable, le rôle des collectivités locales est essentiel. Au-delà de la connaissance de son territoire, la collectivité peut mettre à profit ses compétences de maître d’ouvrage, d’animation et de communication à partir de ce schéma. De par leur compétence voirie, les collectivités (communes et EPCI) peuvent autoriser, cofinancer ou créer des aires de stationnement dédiées au covoiturage. Le Conseil général, en signalant des aires qui existent et en en aménageant de nouvelles, montre l’exemple aux autres collectivités. Aujourd’hui, la labellisation des aires est généralement coordonnée à l’échelle du département mais pourrait aussi l’être régionalement.

3ème étape : Rechercher une masse critique en ligne

Si la plupart des covoitureurs se rencontrent dans un cercle restreint (proches, collègues, voisins), internet constitue aujourd’hui le principal canal de mise en relation des covoitureurs et covoiturés capable d’atteindre une masse critique de covoitureurs. Nombre de collectivités sont réticentes à créer une nouvelle plateforme de covoiturage, le nombre de sites existants étant déjà trop élevé. Il est indéniable que la multiplication actuelle des sites de covoiturage locaux et nationaux (plus de 200 en France) disperse et éparpille les offres de covoiturage, rendant plus difficile l’adéquation entre offre et demande. Pour obtenir un nombre élevé d’appariements, nous recommandons de rendre interopérables les sites de covoiturage entre eux, puis avec les systèmes d’information multimodale (SIM) régionaux en projet et les SIM existants.

Les sites de covoiturage développés à l’échelle des communautés de communes (ex du Val d’Ille) ou des départements (Oise-mobilité) ont l’avantage d’être plus proches des usagers, même si pour toucher les déplacements des habitants des milieux ruraux, l’échelle du dépar- tement semble plus pertinente. Les sites couvrant un territoire de petite taille devraient être reliés aux sites de plus grande envergure ou au moins, être connectés entre eux pour synchroniser les offres de covoiturage qui ont au moins un point de départ ou d’arrivée en commun (ex : zones d’activités).

4ème étape : Communication et animation

L’animation et la communication sont indispensables pour dynamiser la pratique du covoiturage et son outil web, sans quoi le nombre de visiteurs chuterait une fois les premiers utilisateurs satisfaits. Pour trouver de nouveaux adeptes du covoiturage et faciliter les appariements, il convient de cibler les pôles d’emplois, comme les hôpitaux, les zones administratives ou les grandes zones d’activités. Pour expliquer la faible utilisation de ce dispositif de covoiturage, le département des Deux-Sèvres se compare aux départements bretons et de Loire-Atlantique où les animations sur le terrain sont nombreuses.

L’association Covoiturage + organise des « café covoit’ » et des « speed meeting » en entreprise afin de répondre aux interrogations et lever les freins liés au covoiturage pour faciliter les appariements. Le principal frein est le manque de moyens humains pour conduire cette mission de sensibilisation et d’animation.

5ème étape : Innover pour lever les freins liés aux comportements

Cibler les regroupements de covoitureurs potentiels : en donnant la possibilité de limiter sa recherche en ligne au « cercle de confiance » de covoitureurs, à l’échelle de son entreprise ou de sa zone d’activité. Les cliniques de Toulouse ont signé une convention avec Tisséo pour offrir cette option aux salariés. Il est possible de favoriser le covoiturage « informel » entre employés d’une même structure.

La garantie retour répond à la crainte des passagers de se retrouver contraints en cas d’imprévu. Pour les salariés des entreprises partenaires de Tisséo, l’AOT garantie une solution de retour en cas d’absence ou de manquement du conducteur, privilégiant les trans- ports collectifs ou en covoiturage, mais peut également prendre en charge les frais de taxis en cas d’impasse. Toutefois, les organisateurs notent que ces situations sont très rares, le coût reste donc très faible.

Les sites locaux développent un esprit communautaire à l’échelle d’une entreprise ou d’une collectivité et facilitent ainsi la mise en confiance. D’autres façons de donner des gages de qualité et de fiabilité : le système de « notation » des conducteurs et des passagers qui sont de fait interdépendants.

Enfin, les progrès technologiques en matière d’applications mobiles et de mise en relation automatisée ou en temps réel appuieront l’essor du covoiturage dynamique des personnes « connectées ».

Lire l’étude complète sur les solutions de mobilité soutenable en milieu rural et périurbain, par la Fondation Nicolas Hulot

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